Un trésor d’intrigues

Crédit photo Thibault Caron pour Voile-en-voile

 

Par Marie-Hélène Proulx, fondatrice

L’histoire peut apporter la sagesse, mais parfois aussi, être abordée par le jeu. D’ailleurs, ce n’est pas d’hier que les musées ont compris l’intérêt d’utiliser les chasses au trésor. Mais en la douce saison, ce stratagème peut aussi être utilisé au grand jour, pour faire apparaitre les contrées que l’on croyait connaitre sous un aspect à la fois plus historique et plus magique. Certains ne se gêneront pas pour pirater l’histoire, pour passer certains messages …ou simplement pour le plaisir.

Les héritiers de barbe noire

Et quoi de mieux qu’une histoire ou un décor de pirate pour lancer l’aventure? L’idée d’un jeu d’évasion à thématique navale a, par ailleurs, déjà fait ses preuves. Et on retrouve même deux salles d’évasion accessibles aux 8 ans et plus, non loin du Centre-Ville, qui s’inspirent de héros ou voyous bien réels. À Trouvez la clé, dans le Centre-Sud, Le Navire Pirate hanté reprend l’histoire du pirate Olivier Levasseur, qui opérait dans le secteur des îles de Madagascar au 18e siècle. Échappe-toi propose plutôt de retourner dans « La Petite Hermine », le vaisseau de Jacques Cartier, pour aller y chercher le Trésor perdu d’Hochelaga, grand chef de tribu amérindienne. Tout l’intérêt de l’histoire porte alors sur les questions des enfants eux-mêmes, qui se demandent ce que ce trésor pouvait bien faire là-bas. Et leurs interrogations auront de bonnes chances de trouver réponse, puisque, contrairement à la plupart des jeux d’évasion, Échappe-toi y intègre des acteurs et a la réputation de s’inspirer d’anecdotes réelles pour construire ses scénarios. Par ailleurs, pour les pirates n’ayant pas encore atteint les âges vénérables de 7 ou 8 ans, une version mini et plus étroitement encadré par un dénommé Pirate Palaboul offre de bonnes occasions de ressortir victorieux de la chasse aux intrigues.

Crédit photo Thibault Caron

Si l’on veut entamer le grand saut vers la dimension historique, on s’en rapproche déjà un peu plus en embarquant à bord de Voile en Voile, dans le Vieux-Port. L’activité principale demeure, là aussi, la tyrolienne, l’escalade et les jeux gonflables, mais il peut être pertinent de souffler à l’oreille de ses moussaillons que les structures de leurs jeux sont inspirées des dimensions réelles d’un vaisseau royal et d’une embarcation de pirates. Et cette infrastructure comprend maintenant dans ses cales un tout nouveau jeu d’évasion, adapté aux tout jeunes enfants, où il faut non seulement s’enfuir, mais aussi se défendre, avec des flèches à embouts de mousse. Mais pour aborder la piraterie plus sérieusement, une escale s’impose ensuite à l’exposition permanente Pirates ou Corsaires, de Pointe-à-Callière, qui a été pensée en fonction du public jeunesse et peut être réalisée sous forme de quête.

Et une autre quête s’annonce, non loin de là, dans les décors du SOS Labyrinthe, où les anciens ouvriers maritimes ont réellement mis quotidiennement les pieds. Cela explique pourquoi les animateurs y sont encore costumés en débardeurs. Comme il serait dommage pour les moussaillons de se contenter d’une vue, à partir du quai! L’annonce du départ en mer d’une aventure de pirates, sur un navire de 50 pieds, dans les eaux d’Ottawa, peut en attirer plus d’un. Peut-être les jeunes recrues en ressortiront-ils sans tous comprendre comment naviguer, mais ils auront appris, en cours de route, à danser comme des pirates, à chanter comme des pirates et à trouver des trésors cachés, avant même d’être revenus à bon port, et, le tout, déguisés et maquillés en tenue de circonstance.

Du mystère à la carte

L’Aventureux

C’est toutefois souvent sur terre, et même parfois assez loin de l’eau que l’on trouve des trésors, du moins, si l’on se fie au propos du Capitaine King, qui entraine ses aventuriers en pleine Mauricie. Le but caché sous le trésor est alors de faire découvrir le charme méconnu de Mékinac, à travers un rallye autonome. L’Aventureux, l’auteur dans l’ombre de ce projet épique, a su convaincre les différents marchands de la ville de participer aux efforts des familles qui entreprendront des recherches d’indices dans les fins fonds de leur boutique. Cela oblige à un petit détour dans le présent pour décoder le passé. Il n’en reste pas moins que ce Capitaine King, dont le trésor a également été égaré a, lui aussi, réellement existé.

La formule de chasse au trésor autonome a également été reprise à deux endroits dans les Laurentides. De même, l’histoire de la perte du Trésor perdu du Curé Labelle, chez Évade-toi y a peut-être été retravaillée, mais les monuments où résonna autrefois la voix de ce fougueux curé de Saint-Jérôme, qu’il faudra explorer pour le récupérer, eux, demeurent bel et bien réels. Une autre aventure comparable est celle du Mystère de Serpent noirs, à résoudre à travers les chemins de Sainte-Adèle. Cependant, dans ce dernier cas, il ne s’agit pas tant de trouver un trésor que de préserver et analyser des indices, afin de contrer les plans funèbres des Serpents noirs, un clan cherchant à s’accaparer le pouvoir en balayant les souvenirs et en réécrivant l’histoire à son avantage. Bien que la thématique puisse sembler complexe, que des enfants de 7 ans y aient déjà fait les preuves et se soient laisser initier assez aisément à ce sombre univers de l’emprise médiatique.

Les chasses au trésor peuvent aussi prendre une forme plus encadrée, entre autres à Laval, où des personnages, costumés cette fois, attendront de pied ferme et à heures fixes, ceux qui se disent prêts à prêter main forte à la chercheuse Méliane de l’Île. Cette dernière a en effet besoin des 8 ans et plus et de leurs parents pour élucider les indices laissés par quelques fantômes, les matins du 20 juillet, du 1er août et du 18 août. Pour ceux qui n’ont décidément pas peur de croiser les fantômes nocturnes, cette quête du Réseau ArtHist, www.reseauarthist.com, se poursuit à la lueur des lanternes le 13 septembre. Que les fantômes lavallois se rencontrent de jour ou de nuit, ils constituent une heureuse alternative aux spectres des visites guidées de Montréal et Québec qui sont issus d’anecdotes macabres et souvent effrayantes pour les petits.

Mettre l’histoire en scène

crédit photo Valérie Baron pour Measure by measure

Il arrive aussi parfois que les costumes et les effets de scénarisation servent de base afin d’offrir une pointe de crédibilité à des scénarios complexes, intrigants ou fantaisistes, mais aussi parfois, servent simplement de base pour agrémenter une visite.

Mais, avant d’en arriver aux fantômes, on peut s’attarder aux scènes de crime, le 10 août, dans le Vieux-Québec, alors que des personnages s’inspireront du jeu de Clue, grandeur nature, pour un peu plus de rebondissements en chair et en os, en prenant même les spectateurs comme complices pour la résolution de l’énigme d’un meurtre perpétré en pleine rue. Bien que l’hémoglobine s’y fasse discrète, l’intrigue ne s’adresse pas particulièrement aux enfants; mais à partir de 9 ou 10 ans, ils peuvent déjà devenir de bons inspecteurs adjoints pour leurs parents, dans la mesure où ils se sentent prêts à parcourir environ 5 kilomètres, à travers la ville, à la recherche d’indices.

Avec les plus jeunes, il vaut sans doute mieux se concentrer vers les crimes un peu plus anodins de Drummondville que seront incités à résoudre les inspecteurs d’un jour, en visite au Village québécois d’antan. Pour ce faire, les familles devront apprendre ce qui se cache derrière les murs des 70 bâtiments d’époque en interrogeant leurs habitants. Détrousser les malfaiteurs leur vaudra l’ultime récompense : un moment passé dans les jeux d’eau on ne peut plus modernes. En Estrie, plusieurs parcs sur le Chemin des cantons seront visités par les acteurs de Traces et Souvenances. Par des saynètes exécutées de part et d’autre de ces espaces verts, ces personnages viendront filer la trame du récit de Réguines et fantômes. Entre les bosquets surgiront alors quelques fantômes et des vivants de l’ancien temps qui tentent d’élucider pourquoi certains objets apparaissent et disparaissent dans leur environnement. On assure que ces fantômes-là limitent leurs tracasseries à ce genre de méfaits et, qu’en conséquence, ils ne devraient pas faire très peur aux enfants, bien que cette promenade théâtralisée à travers le parc vise à amuser autant leurs parents qu’eux-mêmes.

Cette initiative en milieu naturel existe également en région métropolitaine et émerveille les amateurs de Shakespeare depuis plus d’une trentaine d’années, prêts à s’assembler autour des dernières productions de la troupe Repercussion theatre. Encore cette année, tous les soirs, à 19h, sauf le samedi, du 11 juillet au 11 août, les paroles de l’inimitable William s’y feront ainsi entendre dans les parcs urbains.  Cette année, ce sont les mots de Measure for measure qui jailliront d’entre les bosquets, une histoire de ruse et d’implacables abus de pouvoir, où tout s’arrange à la fin… dans la langue de Shakespeare. Cependant, en parcourant leur site, les spectateurs trouveront des sous-titrages français à télécharger sur leur iPad. L’âge minimal de 8 ans est suggéré pour comprendre les subtilités de cette histoire de trahison.

D’autres histoires, ont su mêler nature et technologie avec au moins autant de succès, dont celle de Foresta Lumina, dans les Gorges boisées de Coaticook, gorgedecoaticook.qc.ca, du 14 juin au 13 octobre. Ses sentiers boisés de 2,6 km sont venus se peupler d’apparitions des spectres des légendes d’ici, grâce aux doigts de fée des concepteurs de Moment Factory. Ces revenants demeurent toutefois assez aimables pour apprivoiser les 3 ans et plus. Le lendemain matin, après une nuit sous la tente ou en refuge, les charmes de la nature reprennent le dessus et c’est leurs 50 000 ans d’histoire naturelle qui se laissent raconter, à travers une chasse au trésor.

Sur des chemins moins fréquentés

Et il semblerait que les trésors soient multiples, en ces forêts estriennes, puisqu’ils font également l’objet de quête chez Entre Cimes et racines, à Bolton-Est. Les familles tentent ainsi de les retrouver à travers un labyrinthe de 4 kilomètres entre les arbres, où des jeux de filages ont servi à créer des couloirs et des culs-de-sac. Le site comprend aussi un poulailler et d’autres sentiers pédestres, tout ce qu’il faut, enfin, pour patienter jusqu’à la nuit où les familles pourront dormir dans une maison de hobbits, partis passer l’hiver sous d’autres cieux.

À Saint-Mathieu-du-Parc, près de Shawinigan, on fait également appel à la nature pour brouiller les pistes du temps, et c’est un boisé bien réel qui est utilisé pour faire revivre l’Expérience des coureurs des bois, un scénario dont vous êtes le héros. Votre mission, si vous l’acceptez, comprend des labyrinthes, des éléments d’hébertisme, et même des aspects culinaires, rappelant la vie de ces célèbres coureurs. Le tout est mené d’une main de maitre par un seigneur des lieux du nom de Robin Lapointe.

Bunker de la science

La région de Chaudière-Appalaches ne recule devant rien, elle non plus, lorsqu’il s’agit de s’ingénier aux façons de nous immerger dans un autre monde. Dans le cas du Bunker de la science, l’image de l’avenir que l’on offre est plutôt sombre, mais non moins fascinante pour les enfants de 8 ans et plus, avec leurs parents ou leurs grands frères : celle d’une planète terrassée par une troisième guerre mondiale. Les derniers humains ne doivent compter que sur leurs connaissances scientifiques et le laboratoire de fortune établi au fond de leur repère pour prolonger leur existence. Le trésor qu’ils doivent préserver, au terme de leurs apprentissages entre les pipettes, est donc celui de leur survie. À partir du 22 juin 2019, les humains y tenteront même une sortie vers l’extérieur, en traînant leur chariot de survie avec eux. S’entamera alors une exploration en plein air sous forme de rallye, où la maîtrise de la boussole deviendra un élément prioritaire.

Entre un passé encore plein de surprises, des mondes parallèles à explorer et un avenir encore incertain, les familles doivent donc choisir. Et quels aspects méconnus d’eux-mêmes, les explorations en commun les amèneront-elles à découvrir? Cela, seul l’avenir pourra nous le dire.

 

Pour connaitre les principaux festivals québécois, qui ont su se démarque par leur allure historique, immersive et familiale, voyez : Des coureurs des bois à la chasse aux festivals

Pour découvrir comment certains monuments historiques ont su être mis en valeur de façon immersive et rendus accessibles aux enfants, consultez : Là où les souvenirs sont légion

Pour savoir quels grandeur nature sont les mieux adaptés aux familles et quels camps permettent de vivre des expériences immersives, découvrez : Parce que l’histoire, parfois, c’est fantastique

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