Un coup de pouce aux organismes communautaires

Crédits photos: Moisson Montréal

 

En cette période où la pauvreté continue ses ravages, malgré la pénurie de main-d’œuvre, un nouveau type de clientèle, avec des demandes bien particulières, afflue et est accueillie à bras ouverts par les services d’alimentation et d’hébergement d’urgence : des salariés, et même des cadres, ressentant le besoin d’offrir leurs bras, durant quelques heures, pour faire une action qui donne sens à leur vie.

Un soutien essentiel

Depuis que l’Église ne prend plus sous sa responsabilité de contrecarrer la misère et la faim, les organismes de bienfaisance, comme Moisson Montréal ou Old Brewery, dépendent plus que jamais du développement d’une culture de la philanthropie, et donc du rayonnement de leur cause pour assurer leur fonctionnement. En effet, le soutien public ne règle pas tout et Old Brewery ne peut attendre que 35% de son revenu des trois paliers de gouvernement (fédéral, provincial municipal). Chez Moisson Montréal, cette contribution publique ne s’élève qu’à un faible 7%, alors que Monsieur et Madame Tout-le-Monde contribuent à 20% de leur revenu. Le reste provient du milieu entrepreneurial.

Mais, là encore, l’argent ne suffit pas. Comme l’explique le directeur général de Moisson Montréal, Richard Daneau, ce don vient souvent avec l’obligation de démontrer que ces revenus ne servent pas seulement à alimenter les rouages d’une lourde machine administrative, mais qu’au contraire, ils permettent d’offrir un maximum de ressources aux personnes nécessiteuses. En ce sens, créer un fonctionnement qui permet d’intégrer une main-d’œuvre non rémunérée, pour les tâches n’exigeant pas un haut niveau de spécialisation, constitue une stratégie essentielle :

« Ceux qui nous donnent de l’argent nous disent ‟Vous devez vous assurer de maximiser votre impact social pour chacun des dollars dépensés. Et ça, c’est sine qua non. ” Alors toutes les fois que l’on peut avoir une ressource humaine sans la payer, un bénévole, ça vaut de l’or. » Richard Daneau, Moisson Montréal

Ces organismes comptent donc, en partie, sur les personnes prêtes à venir régulièrement et volontairement offrir de leur temps, notamment de jeunes retraités, pour des tâches diverses, dont celles qui exigent un certain niveau de professionnalisme. Mais les plateaux de travail de Moisson Montréal s’organisent aussi pour recevoir des personnes ayant des limitations intellectuelles ou reliées au spectre de l’autisme, pour effectuer des travaux communautaires. À Old Brewery, des bénéficiaires, en phase de réinsertion professionnelle, sont aussi invités à se joindre à l’équipe. Mais il n’en reste pas moins que, pour certains organismes, Moisson Montréal notamment, les deux tiers de ce soutien proviennent maintenant des gestionnaires qui décident d’y amener leurs employés vivre une expérience d’entraide d’une journée.

Une contribution privilégiée

La part de main-forte « corporative » comporte l’avantage, aux dires de Richard Daneau, d’exiger assez peu de supervision, puisque la dynamique d’équipe finit toujours par y jouer son rôle : « Vous savez ce que c’est dans un groupe de travail : si vous êtes dans un groupe de 25 et que vous n’avez pas le cœur à l’ouvrage, vous allez avoir la pression de vos collègues, alors vous allez finir par faire votre travail. ». Il arrive même qu’inversement, l’activité éveille si fort l’enthousiasme du gestionnaire ou de son équipe que ceux-ci prennent des engagements impliquant davantage leur compétence, ce qui a permis à Moisson Montréal de bénéficier d’une généreuse contribution humaine sur le plan du conseil en marketing : « Faire de la place à cela, c’est un enjeu qu’il faut voir comme une opportunité. Nous n’aurions pas les moyens financiers pour embaucher de tels individus. Si les gens lèvent la main et disent qu’ils sont prêts à travailler à long terme avec nous, on va s’arrimer et on va le faire. »

Mais cette transition d’une activité clé-en-main de quelques heures à une implication à la carte ne se fait pas nécessairement en un claquement de doigts; encore faut-il que toutes les parties se sentent prêtes à un tel engagement. L’organisme doit savoir accueillir l’offre au moment où elle passe tout en respectant, dans le cas de David Leduc, directeur exécutif du développement à la Mission Old Brewery, les règles de son syndicat : « Alors souvent, les postes de responsabilité qui se retrouvent à l’interne ne peuvent pas être remplacés par des bénévoles. Cela nous limite quelque peu, mais il y a quand même énormément de choses qui peuvent être faites par des gens qui veulent s’impliquer. On a des comités de développement et de marketing, où les gens peuvent siéger un certain temps. On a des événements où nous avons souvent besoin de bénévoles pour nous aider. »

Lorsque les employés ne font que répondre à la demande de leur employeur d’être présents pour une journée, il ne peut pas être question de « bénévolat » proprement dit, puisque les employés, habituellement rémunérés par leur supérieur, n’y font pas un don de temps libre et gratuit. Mais il peut s’agir d’un premier pas qui amènera ceux-ci à s’impliquer davantage. C’est d’ailleurs par des invitations en ce sens que David Leduc et son équipe ont l’habitude de conclure ce type de journée d’activité : « Souvent, à la fin d’une expérience comme celle-ci, en remerciant les gens, je leur dis ‟ C’est fantastique que votre compagnie vous envoie ici, que l’on puisse vivre une expérience ensemble, mais sachez que cette expérience est possible aussi parmi vos propres réseaux, que ce soient vos amis ou votre famille. C’est possible de promouvoir ce message aussi dans vos propres réseaux. ”».

Une question d’image

Bien que ce soient habituellement les entreprises elles-mêmes qui frappent à la porte d’Old Brewery ou de Moisson Montréal pour proposer leur soutien, il relève des organismes de s’assurer que les personnes en présence soient suffisamment touchées par ce qu’elles ont vu et se soit senties assez utiles, au bout d’une journée, pour avoir envie de s’y impliquer encore ou, du moins, d’en parler de façon positive. Et Richard Daneau ne cache pas que ces activités d’implication ont comme second objectif de convertir en potentiels philanthropes ceux qui découvrent leur cause et leur fonctionnement: « Les donateurs, les employés, et vous et moi, sommes sollicités de toutes parts, que ce soit la Fondation des maladies du sein, les maladies orphelines, les problèmes d’éducation …et bien d’autres. Et nous, les organismes sans but lucratif, allons tous nous nourrir à cette même tarte philanthropique. Il faut trouver le moyen de se distinguer. Il faut trouver le moyen d’encourager les donateurs. »

Par une démarche bien organisée, ces organismes peuvent, en effet, démontrer que leur visée de bienfaisance ne les empêche par de se fixer, et d’atteindre, des objectifs de qualité et d’efficacité. À Moisson Montréal, on le fait, entre autres, en servant un repas aux visiteurs, créé à partir des aliments de la banque alimentaire, pour démontrer qu’il est possible d’y trouver des aliments adéquats et variés. L’implication à la Mission Old Brewery permet aussi d’y découvrir que l’organisme a su sauter dans le train des nouvelles philosophies, en matière d’itinérance, qui misent beaucoup plus sur la dignité et l’autonomisation des bénéficiaires :

« Donc, ça change l’atmosphère. Je peux le dire d’autant plus qu’il y avait des groupes, il y a une dizaine d’années, qui venaient servir des repas. Ils viennent toujours aujourd’hui, et ils nous disent que c’est le jour et la nuit, aujourd’hui, comparé à la réception que les gens pouvaient s’attendre d’avoir. Il y a beaucoup plus de visages souriants, même si la situation n’est pas idéale pour eux. Leur énergie est beaucoup plus positive. » David Leduc, Mission Old Brewery

Donc, laisser entrer les employés, les gestionnaires de tous horizons, par la grande porte, pour en faire des témoins du travail quotidien des organismes communautaires : une démarche où les organismes à but non-lucratif ont tout à gagner et rien à perdre? Pas tout à fait.

Les responsables de ces organisations reconnaissent que, pour que le souvenir de l’expérience corresponde à l’image qu’ils veulent projeter, le regard doit parfois être guidé et certains choix justifiés. Old Brewery doit notamment justifier son choix de favoriser non pas une relation directe avec les bénéficiaires et celui de demander un don à tarif fixe à ceux qui veulent contribuer à l’Expérience d’un souper. Dans le cas de Moisson Montréal, un des aspects les plus délicats de la gestion de l’image, à l’avis de Richard Daneau, toucherait le contrôle des photos prises durant les activités, et ce, d’autant plus que certaines grandes brasseries ne demandent rien de mieux que de recycler leurs solides cartons (vides!) pour contribuer à mieux nourrir la population : « Alors ça, c’est un enjeu : cela peut sembler bête, mais nous nous donnons toujours la peine de dire aux gens qu’ils verront beaucoup de boîtes de bière ici, mais que ce n’est pas de la bière qui s’y trouve. Et nous leur demandons ‟S’il vous plaît, ne prenez pas des photos des palettes que vous allez voir en entrepôt et, surtout, ne mettez pas cela sur vos réseaux sociaux, parce que cela va donner une image que l’on ne veut pas donner de Moisson Montréal.” »

Une première exploration de l’entreprise, si encadrée soit-elle, demeure néanmoins propice à la création de liens de confiance privilégiés. Ceux-ci pourront parfois mener à des façons ingénieuses de contribuer au quotidien des organismes de bienfaisance autrement que par des dons en temps, en nourriture ou en argent. Richard Daneau est d’ailleurs en mesure d’observer chaque jour les effets de ces relations s’étant établies à plus long terme : « Parce que souvent, les expériences de bénévolat qui se répètent avec les mêmes entreprises débouchent sur autre chose, parce qu’ils vont me dire, ‟Justement, on change notre système téléphonique, seriez-vous intéressés à avoir notre système? Pour le parc informatique chez nous, c’est extrêmement rare qu’on achète quelque chose. Parce qu’on ne fait pas des jeux vidéo, on n’a pas besoin d’ordinateurs dernier cri pour faire ce que l’on a à faire. Alors on se dit que plutôt que de prendre 1000 $ pour acheter un ordinateur, on est mieux de prendre ce 1000 $ pour opérer la banque alimentaire avec laquelle on va donner pour 15  000 $ de nourriture. »

 

Pour comprendre ce que les gestionnaires pourraient gagner d’une telle expérience, sur le plan de l’expression des valeurs entrepreneuriales et de la consolidation d’équipe, consultez l’article Valeurs organisationnelles, droit devant, la semaine prochaine.

Pour avoir un aperçu des attentes et des bienfaits que de telles activités pourraient apporter aux employés, consultez Mon implication, mon entreprise, la semaine suivante

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