Tous unis contre l’adversité

Photo de Gustavo Fring sur Pexels

 

Par Marie-Hélène Proulx, M. en sexologie et fondatrice du Portail Immersion

Le risque d’infecter ses proches est bien réel pour un combattant de première ligne du Coronavirus. Il n’est toutefois pas le seul qui guette la famille : la détresse psychologique et l’épuisement professionnel ne sont pas non plus très loin derrière. Mais l’entourage et les professionnels peuvent nous armer contre cet ennemi intérieur.

Trop pour une seule personne

Nafissa Ismail est titulaire de la chaire universitaire sur le stress et la santé mentale de l’Université d’Ottawa, elle est donc des mieux placée pour se prononcer sur les risques que représente le rôle d’intervenant de première ligne sur le bien-être psychologique : « La réalité est que les travailleurs de première ligne se confrontent à des situations très épuisantes sur le plan affectif : que l’on pense qu’ils font face à la souffrance sur une base régulière, et qu’en plus de la douleur, il y a les tragédies, les décès. Nous, nous voyons cela dans les médias et, déjà, ça nous affecte. Et ce n’est même pas sur une base régulière. On peut seulement imaginer ce que vivent ces personnes sur une base quotidienne. »

Afin de préserver la sensibilité d’un partenaire plus anxieux, parce qu’il a lui-même trop d’émotions à digérer ou simplement parce qu’il n’a déjà pas l’habitude de s’épancher, un conjoint provenant des premières lignes peut être porté à fuir dans le silence encore plus que d’habitude. Et cette tendance, parfois naturelle, ne contribue pas nécessairement, selon Nafissa Ismail, ni à son propre bien-être, ni à celui du couple : « On s’inquiète quand même pour leur santé mentale, parce que, souvent, ce sont des personnalités qui sont plus introverties. Alors ils ont moins tendance à prendre soin d’eux et à prendre du temps pour eux. Ils ne voient pas toujours la nécessité de socialiser à l’extérieur et de prendre du temps avec des amis. Parfois, ils n’ont juste pas le temps. »

Ceux qui perçoivent que leur conjoint n’est pas prêt à se faire dévoiler les risques imminents associés à une situation de COVID 19 ne se trompent pas toujours. Mais cela ne signifie pas nécessairement, rajoute Isabelle Dumont, professeure en travail social à l’UQAM, que les partenaires se sentent prêts à tolérer les angoisses derrière les non-dits ou encore l’éloignement: « On peut se retrouver avec une double contrainte : si on en parle, on va se retrouver perdant parce qu’on risque de blesser notre partenaire. Mais si je n’en parle pas, je suis aussi perdant, parce que ma partenaire me demande de me confier à elle. On se retrouve alors dans une dynamique relationnelle qui est presque insoutenable. »

Dans ton ombre, j’existe encore

Toute la famille doit s’adapter aux choix de ceux et celles qui se dévouent hors du foyer. Photo par August de Richelieu sur Pexels.

Non seulement celui qui est au front confronte ceux qu’il aime à ses risques et à ses silences, mais il oblige toute sa famille à organiser sa vie autour de ses horaires qui, précise Nafissa Ismail, ne suivent que rarement la grille habituelle. Et, lorsqu’ils reviennent enfin, il se peut que leur premier souci soit de se retirer dans un coin tranquille : « Toute la famille doit donc s’accommoder de ces horaires qui ne sont pas stables. Ils peuvent être appelés un peu n’importe quand. Alors c’est certain que lorsque le stress et la fatigue entrent à la maison, cela affecte tous les autres membres de la famille. »

Le tout, précise Nafissa Ismail, alors que ni l’un ni l’autre des conjoints ne se trouvent forcément en position de négocier avec leurs employeurs : « Maintenant, il y a beaucoup de compagnies qui veulent commencer à rouvrir. Il y a donc des parents qui n’ont plus le choix de renvoyer leurs enfants à l’école ou à la garderie, quoique, personnellement, ils ne voudraient pas le faire. Ça devient difficile pour eux, parce qu’ils doivent retourner au travail, parce que leur gestionnaire ne leur permet plus de faire du télétravail et que l’autre partenaire se retrouve sur la ligne de front et est obligé d’y aller. »

Et Isabelle Dumont est bien placée pour savoir que, certains jours, l’élastique de son dévouement et de son écoute a déjà été étiré au maximum lorsqu’elle revient de ses heures en CHSLD. Et ses besoins de soutien de la part de l’entourage, en revanche, gagnent du terrain : « Lorsque cette personne revient à la maison, si elle veut être la même mère, très disponible et patiente avec ces enfants, il se peut que ce soit plus difficile. Le fait de se permettre, en temps de pandémie et dans le contexte de ce travail, d’être moins disponible, et peut-être aussi d’avoir le soutien du conjoint, peut aider à passer à travers. Donc, est-ce que nous sommes capables, même si cela constitue un stress assez important, de se soutenir et de répondre à nos besoins? »

Une réciprocité à ne pas perdre de vue

Pour Joseph, dont le conjoint est préposé aux bénéficiaires, offrir priorité aux besoins de son conjoint est apparu d’emblée comme la chose à faire : « Je suis peut-être un peu moins surmené par mes affaires aussi. Je me concentre plus sur les siennes. Dans des situations comme celle-là, on met des choses de côté sans nécessairement s’en rendre compte complètement. C’est comme un mouvement naturel de notre part. C’est comme suivre le flot de ce qui est en train de se passer et de ne pas résister contre cela, en se disant que c’est comme ça maintenant, que ça ne durera pas toujours, et, aussi, que je sens que j’ai les ressources intérieures pour y faire face. »

Les deux partenaires ont besoin de sentir que leurs efforts sont reconnus. Photo par Cottonbro sur Pexels.

Le conjoint qui a passé sa journée avec les enfants, devant son écran ou avec sa solitude est-il cependant toujours le mieux placé pour maintenir le moral des troupes? Dans bien des cas, Nafissa Ismail en doute. La personne à la maison se retrouve aussi dans une situation nouvelle. Et, après avoir accueilli son partenaire dans son trop-plein d’émotion, elle se retrouve nez à nez avec ses propres angoisses :

« Ça demande que l’on s’ajuste à la situation. Lorsque l’autre conjoint arrive, ça peut exiger que l’on mette nos propres problèmes de côté pour pouvoir parler plus des problèmes que l’autre vient de vivre. Et nous aussi, nous pourrions avoir envie de partager le stress que l’on vit pour passer à autre chose après et en arriver à pouvoir faire des choses plus positives et plus plaisantes. » Nafissa Ismail, professeure en psychologie de l’Université d’Ottawa

Nafissa Ismail rappelle donc aux conjoints héroïques qu’ils ont tout intérêt à demeurer attentifs aux besoins de ceux qui les soutiennent et à résister à la tentation de se comparer : « C’est important d’accorder à chaque problème l’attention qu’il mérite. Il faut donc résister à la tentation de dire : ‟Toi, au moins, tu n’as pas eu à vivre telle ou telle chose, alors, c’est correct pour toi.”. Mais ce n’est pas correct : l’autre personne a ressenti aussi le besoin d’obtenir le soutien et de se faire consoler, en quelque sorte. »

Culpabilité, quand tu nous tiens!

Difficile d’admettre sa frustration envers quelqu’un dont on admire l’engagement. Photo par Priscilla Du Preez sur Unsplash.

Non seulement le conjoint qui reste dans l’ombre a besoin d’être entendu, mais, rajoute Isabelle Dumont, il a besoin de sentir que ce qu’il apporte vaut la peine que l’on s’en soucie. À défaut de cette reconnaissance, l’impulsion plus spontanée à aider peut s’épuiser plus vite. La souplesse lui apparaît également comme un élément qui évite que certaines façons de faire soient trop rapidement tenues pour acquises : « La personne va travailler; si son partenaire n’a pas perdu son emploi et si chaque membre de la famille est capable de se réorganiser, ça va aider. Par contre, c’est lorsqu’il y a une certaine rigidité que cela va devenir plus difficile. »

Mais peut-on vraiment réclamer son droit de parole, pour parler des frustrations de sa routine, devant un conjoint héroïque et fatigué? Isabelle Dumont admet que le gardien du fort peut vivre une certaine frustration face à la tâche et au rôle qui lui incombe, tout en se sentant coupable de ressentir ce qu’il ressent, alors que son conjoint doit briller quotidiennement au cœur des tragédies : « Cela peut être plus difficile à nommer, parce qu’il y a une culpabilité qui peut se faire sentir : ‟Je me sens coupable de me sentir en colère contre ma conjointe qui va aider des personnes âgées en temps de COVID-19, et qui collabore vraiment pour essayer d’apaiser la crise. Et moi, je me retrouve avec cette colère d’être tout seul à la maison sans trop savoir comment gérer les enfants. Et quand elle arrive, elle est trop fatiguée. Il faut, en plus, que je fasse le souper.” : c’est difficile, dans un couple, de nommer cela. »

Pourtant, le fait de ne pas verbaliser ses besoins peut mener directement à une attitude plus accusatrice. Isabelle Dumont a d’ailleurs intégré à son coffre à outils cette légitimation mutuelle des émotions de chacune des parties, ce qui lui a permis de participer à plusieurs réconciliations. Elle a aussi pu assister à plusieurs prises de conscience révélant que la perspective de chaque partenaire était moins éloignée de celle de l’autre qu’ils ne le pensaient : « Il y a souvent des éléments communs entre les motifs de ce que l’on ressent : on pourrait être surpris. Si une personne sent que l’ego de l’autre est touché, elle peut le dire. C’est une occasion de nommer les forces de l’autre. On peut dire à la personne qui reste à la maison : ‟Toi, tu vas être capable de bien t’occuper des enfants. Tu es patient.” »

Une autre tâche sur la liste : prendre soin de soi

Faire le ménage de ses idées par l’écriture peut constituer une première étape, avant de s’ouvrir à l’autre. Photo par Dean Moriarty sur Pixabay

Naturellement, les conjoints doivent s’assurer d’avoir sécurisé leur propre environnement, comme le répètent souvent les hôtesses de l’air, afin d’avoir ensuite l’esprit plus libre pour se préoccuper des autres par la suite. Et lorsque le partenaire n’est plus en mesure d’apaiser, il faut penser à développer d’autres moyens. Mais pour certaines personnes que rencontre Isabelle Dumont, « prendre soin d’eux-mêmes » demeure un concept assez abstrait, alors apprendre tout à coup à le faire, dans la contrainte de la solitude, constitue un difficile apprentissage.

Les lignes d’écoute, le yoga et le jogging apparaissent assez rapidement parmi les solutions proposées par les experts. Isabelle Dumont privilégie l’écriture, qui permet d’extérioriser même les discours les plus sombres, avant d’en arriver aux mots plus propices à un discours plus constructif : « Parce qu’il faut se permettre de la vivre, cette colère. La personne ne sera peut-être pas capable de la nommer. Parce que ce qui peut aider à dissoudre la culpabilité ou la honte de vivre un certain sentiment, si on peut le dire ainsi, c’est d’en parler. »

Bénéficier d’un bon réseau de soutien est reconnu depuis longtemps comme un facteur de protection pour la santé mentale, également du côté des pairs aidants. D’autres approches conviennent aussi aux moments de solitudes. La maîtrise de plus en plus grande des moyens électroniques contribue aussi à aller chercher le soutien d’un proche.

Nafissa Ismail prévient toutefois que si cette sollicitude mène les parents et les amis à donner trop promptement leur avis sur les décisions à prendre ou à donner des armes à l’argumentaire de l’un ou de l’autre, cela risque de passer à côté de l’objectif de faire baisser la pression : « Au lieu de proposer des décisions, je crois que c’est important d’essayer d’accepter et de comprendre les choix du couple. Parce que déjà, ça n’a pas été facile pour eux de prendre les décisions qu’ils ont prises. Ce n’est vraiment pas le temps de leur ajouter plus de stress en leur donnant l’impression qu’ils se font juger. C’est mieux d’être juste là à l’écoute et de soutenir le choix qui a été pris et de vivre avec cette décision. »

Choisir ses combats

Le sociologue de l’INRS Mircea Vultur insiste sur le fait qu’un couple reconnaisse qu’il n’a pas encore tout en main pour surmonter seul les transitions de cette situation explosive n’est pas forcément un constat d’échec. Il s’agit, parfois, du début d’une piste pour trouver l’aide nécessaire : « Ce ne sont pas tous les proches qui ont les compétences pour s’exposer aux risques associés au métier de l’autre. Ils pourraient être dépassés parce qu’ils n’ont pas les compétences requises pour cela. Nous ne sommes pas tous des psychologues et nous ne savons pas tous comment agir dans des situations où l’autre devient anxieux, épuisé et revient chaque jour avec la peur au ventre. Peut-être que pour ces cas-là, il faut prévoir des ressources spécialisées pour ne pas laisser aux proches le fardeau de les soutenir. »

Se demander ce que chacun peut offrir permet d’éviter de se concentrer sur les lacunes. Photo par LaterJay Photography sur Pixabay.

La famille peut toutefois s’étonner elle-même en découvrant des ressources pour vivre leur sollicitude réciproque avec plus d’aisance qu’ils ne l’auraient cru possible. Et faute de parvenir à contrôler le monde en entier, Isabelle Dumont suggère de commencer par reprendre la maîtrise ce qui est plus proche de soi : ses perceptions et ses réactions. L’application de ce principe s’est concrétisée, dans sa propre histoire, par le choix de ses combats pour la désacralisation de certains principes : « Est-ce que je peux me concentrer sur ce sur quoi j’ai le contrôle? Donc, si j’ai des enfants à la maison et que j’ai de la difficulté à m’en occuper, je peux essayer d’être plus souple dans les règles et les façons de fonctionner. Par exemple, moi, j’étais contre les écrans à la maison. Mais maintenant, je vais m’accorder une heure où je laisse les enfants aller sur l’écran. »

Et en ce sens, chercher à surmonter les épreuves peut aller beaucoup plus loin que de détrousser ce qui cloche ou de dénouer les impasses. Cela signifie aussi, pour Isabelle Dumont, de reconnaître ensemble les forces que chacun pourrait investir dans cet effort commun : « Alors, plutôt que d’avoir une approche que j’appellerais déficitaire, il faut vraiment avoir une approche axée sur les forces. On pourrait même faire l’exercice de se demander : ‟ Quelles sont mes forces ? ”, ‟ En quoi puis-je être le plus utile ? ”. C’est la même chose pour le conjoint, la conjointe ou les enfants : on peut se demander comment on pourrait utiliser nos forces pour faire équipe tout le monde ensemble. »

Toute l’équipe derrière la première ligne

Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’une simple tape dans le dos puisse remplacer le fait de mettre la main à la pâte. Joseph raconte même qu’en ces temps où le caviar et le champagne se font plutôt rares, le cœur qu’il investit dans les gestes quotidiens constitue encore un des meilleurs moyens qu’il a trouvés d’appuyer son conjoint dans son effort : « Plutôt que de faire des pâtes, vite comme ça, tu en fais juste un peu plus pour faire plaisir à l’autre et lui montrer que tu es présent et que tu le soutiens au-delà de seulement le nourrir. C’est de faire le petit plus. C’est de ne pas se limiter seulement à ‟OK, il faut faire le repas”. Ça passe dans des choses simples. Ce n’est pas comme dans un film. » Même s’il ne se sent pas comme le protagoniste d’un film romantique ou de Rocky II, Joseph admet que, jusqu’à un certain point, il s’est senti non seulement partenaire de vie, mais aussi partenaire de réussite, un peu comme un entraîneur ou un soignant qui regarde monter son athlète sur le ring.

Je conjoints sont les mieux placés pour refléter à leur partenaire son évolution et ses limites. Photo par Adrian Swancar sur Unsplash.

Son conjoint semble d’ailleurs s’être prêté sans trop de résistance à ses conseils pour prendre soin de sa santé. À vrai dire, ce n’est pas tant dans son couple que dans les normes mitraillées par le système de santé que Joseph a senti une certaine rigidité, laissant peu de place à la valorisation des « recettes de famille » pour prendre soin des siens : « À ce niveau-là, j’ai contribué aussi par les outils qui sont les miens. Je crois que cela lui a donné une certaine confiance aussi. Et ce n’était pas une confiance aveugle parce qu’une autre désinformation que l’on a dans les médias c’est de croire que les gens qui vont aller chercher ces outils-là risquent d’arrêter de faire attention et d’attraper n’importe quoi, alors que cela deviendrait davantage un danger qu’autre chose. Ce n’est pas tout à fait vrai. Je regarde comment mon conjoint réagissait. Il avait cet élément d’outils que je lui apportais, mais cela n’a pas fait en sorte qu’il devienne moins vigilant pour autant. »

Ce manque de considération des partenaires de la vie intime constitue peut-être une maladresse à propos de laquelle les représentants de la santé publique gagneraient à rectifier le tir, puisqu’à l’avis de la professeure universitaire de psychologie Nafissa Ismail, rares sont ceux qui sont mieux placés que les partenaires de vie pour remarquer qu’une situation déraille, lorsque le premier concerné est trop emporté par le tourbillon des drames quotidiens pour en prendre conscience : « Si on voit que la personne, bien que l’on s’attende à ce qu’elle soit stressée au travail, ne parvient plus, une fois à la maison, à manger et à se concentrer lorsqu’on essaie de lui parler, et n’est plus capable de bien dormir, on peut rendre la personne consciente de ces changements. On peut lui dire : ‟Écoute, tu ne manges pas bien, tu ne dors pas bien et je vois que tu as de la difficulté à te concentrer.” Peut-être que c’est le temps d’intégrer des activités qui permettraient de relaxer. »

En ressortir plus fort? Pourquoi pas?

Les conjoints et les enfants se retrouvent aussi avec, entre les mains, une autre arme exceptionnelle pour aider ceux qu’ils aiment à éviter la détresse, malgré les drames auxquels ils sont confrontés et l’état d’urgence de leur patron et de leurs pairs : celle de la reconnaissance : « Parce que l’on sait que le manque de reconnaissance peut mener à un épuisement professionnel. » précise Isabelle Dumont. Le premier exemple qui lui vient à l’esprit, lorsqu’elle parle de reconnaissance, au terme de ses journées en CHSLD, c’est « les petits mots des enfants qui m’ont dit ‟je t’aime, tu es la meilleure maman !”, ça m’aide à continuer. »

Ce peu de validation des sources externes n’a pas eu raison non plus de la force des liens qui continuent d’unir et de soutenir Joseph, son conjoint qui est au front et leurs amis les plus proches. Ils y ont même trouvé de nouvelles raisons de s’émerveiller.

« Il me racontait même qu’il y avait des gens qui parfois n’avaient pas bu de la journée. Le fait qu’il parvienne à passer par-dessus sa peur initiale pour voir la personne qui est en train de souffrir et qu’il considère que ce besoin de base est plus important que tout, je trouvais ça beau. Moi, je lui faisais voir que c’était quelque chose d’exceptionnel qu’il s’en occupe. » Joseph, conjoint d’un préposé au bénéficiaire

Malheureusement, cette touche d’émerveillement ne sera probablement pas notée dans les statistiques, annonce le sociologue Mircea Vultur, puisque les sources officielles sont souvent trop concentrées sur la prévention des drames. Mais, pour lui qui forme les prochaines générations de chercheurs, il semble important de souligner les progrès que les crises amènent à réaliser, tant sur les plans personnel que social : « Lorsque vous allez comme chercheur sur le travail, vous entendrez probablement que le travail c’est l’enfer et que ça explique pourquoi personne ne voudrait travailler, parce qu’il y a des risques d’épuisement professionnel et tout cela. Mais il y a aussi des aspects positifs, comme la reconnaissance de certains métiers à risque qui vient avec cette crise, dont on n’avait pas vraiment conscience jusqu’à maintenant, dont celui d’aide-soignant. »

De même, la confiance d’Isabelle Dumont en l’espoir que de surmonter ces épreuves les rendra plus proches encore qu’ils l’étaient jusqu’ici continue de croître. Et les premiers signes qu’elle a pris la meilleure décision n’ont pas attendu les mois et les années avant d’apparaître. Déjà, elle constate que ses efforts pour transmettre à ses enfants ses valeurs de dignité et de dévouement n’ont pas été vains. Et déjà, elle trouve en son conjoint, mais aussi dans ses jeunes enfants, les grands hommes et les grandes femmes qui l’inspirent à garder la tête haute, et même le sourire, devant l’adversité : « C’est sûr que moi, je voulais y aller. Mais j’ai ouvert la discussion à toute la famille avant de me lancer. Mes enfants ont réagi positivement. Ils m’ont même encouragée. Quand je reviens, ils m’accueillent avec un peu de crainte. Mais on a quand même été capables d’en rire. J’essaie d’alléger cela. C’est lourd, mais en même temps, j’essaie de leur expliquer que c’est très gratifiant. Je crois que je les contamine d’une façon positive, d’une certaine façon. »

 

Qui aurait cru que l’on pourrait ainsi s’en sortir la tête haute? Une version idéalisée? Assurément pas, si on part de la première partie Négocier, avant d’aller au front, qui trace à grands traits les étapes angoissantes que doivent traverser beaucoup de couples avant d’en arriver à un accord!

Dans la seconde partie, nommée Entre l’écoute, la peur, et l’acceptation, cela va déjà un peu mieux, puisque l’on commence à y faire le portait des obstacles, mais aussi des éléments pouvant contribuer à une écoute active.

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