Se créer une conciliation sur mesure

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Une bonne et une moins bonne nouvelle attendent les gestionnaires qui ont eu l’occasion de constater tout ce qu’une mobilisation des familles autour de ses employés peut apporter et qui croient que leur entreprise est prête à la vivre : la moins bonne est qu’il est un peu tard pour se prétendre visionnaire, l’expérience ayant déjà fait ses preuves, un peu partout, au Québec. Mais la bonne nouvelle est qu’il existe maintenant des hôtels et même des auberges chaleureuses bien rodées pour les accueillir.

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« Dans mon ancienne vie, lorsque je travaillais à Montréal, ce que l’on constatait, c’est que les gens travaillaient très fort; ils ont souvent peu de temps. Alors l’entreprise permettait que le conjoint voyage pour pallier un peu sur la partie personnelle. ‟Bleisure” vient du terme anglophone pour ‟leisure” et ‟business”. Alors le terme ‟Bleisure maintenant, c’est vraiment l’art de joindre l’utile à l’agréable. » raconte Olivier Vincent, directeur des ventes, qui s’assure maintenant de faire vivre aux gestionnaires invitant les familles une expérience aussi profitable, sinon plus, à l’Auberge Godefroy, qui est elle-même une entreprise familiale. L’offre dépasse donc maintenant celle des grands hôtels impersonnels. Et Olivier Vincent assure qu’en plus de son menu enfant, de son bar à chocolat chaud et de ses piscines, il garde dans son carnet d’adresses quelques bonnes références d’éducateurs ou de clowns pour assurer la sécurité d’esprit des parents en cas de besoin, en plus, bien sûr, de pouvoir orienter les familles vers des activités extérieures.

Son équipe tente ainsi d’adapter son offre à une clientèle d’affaires avec familles qui est loin d’être monolithique. Parfois, tout ce beau monde ne réserve qu’une salle en après-midi, le temps du dépouillement d’un arbre de Noël, par exemple. Pour ce qui est des séjours d’affaires avec nuitées, il observe que les ententes entre les entreprises et leurs employés sont également variables : certains assument la totalité des coûts pour les enfants et les conjoints accompagnateurs, tandis que d’autres demandent aux employés de couvrir, au moins partiellement, les frais pour les accompagnateurs. La planification de l’événement comprend aussi parfois des activités organisées pour les conjoints et les enfants durant le séjour; plus occasionnellement, ils sont invités à se joindre aux activités de consolidation d’équipes.

Chasse au trésor, cours de mixologie ou de sushi? Les possibilités ne manquent pas, à condition que les communications soient bien établies et les objectifs précisés, ce qui, malheureusement, admet monsieur Vincent, est parfois le chaînon manquant : « Quel est l’objectif ? Oui, les courriels, ça peut aller pour une petite information technique, mais le face-à-face ou l’entretien téléphonique c’est toute une différence, à mon avis, pour mieux connaître le besoin et s’assurer de répondre à l’interrogation et que l’objectif de la rencontre soit atteint. ». Des planificateurs d’événements peuvent aussi contribuer à dénicher de bonnes ressources.

Cette question suppose toute une réflexion dès qu’émerge l’idée d’inclure les familles directement dans les activités des employés, car selon Éric Jean, celle-ci rend l’atteinte de certains objectifs comme l’augmentation de la performance, la planification stratégique ou la rupture des silos entre les départements un peu moins réaliste : « Le fait d’être en contact avec le travailleur et sa famille, ça permet d’humaniser un peu plus les milieux de travail. Cela nous permet de percevoir les autres personnes dans des dimensions qui sont différentes de ce que l’on s’attendait d’eux. À ce moment-là, ça pourrait avoir un certain objectif, mais c’est indirect. »

Il suggère toutefois que la possibilité pour les employés de jouir de l’accompagnement de leur famille, durant les pauses et les soirées, lorsqu’une période d’intense implication s’impose, peut aussi être acceptée, dans la mesure où elle est présentée pour ce qu’elle est : « Le pire des scénarios c’est de faire croire aux gens que l’on fait ça pour le bien-être de leurs familles, alors que la vérité, c’est qu’on veut accaparer le week-end pour pouvoir faire une réunion de travail. Mais si on dit ‟Écoutez, on n’a pas le choix de faire une réunion de travail, de façon à faciliter les choses, pourquoi ne viendriez-vous pas avec votre famille ? On va s’organiser pour combiner les deux. ” Les gens vont peut-être embarquer. »

Éric Jean considère toutefois qu’une analyse en bonne et due forme des réactions à la proposition d’inviter les familles devrait indiquer la marche à suivre. Et celle-ci n’indiquera pas forcément que la plus grande implication des familles est le meilleur choix, surtout si la culture du milieu de travail n’a jamais vraiment favorisé la famille et les activités plus ludiques : « À la rigueur, demandez aux employés qui ont envie de venir en famille d’y venir, et les gens qui sont seuls, venez seuls, et les gens qui n’ont pas envie que leur famille soit là, ne venez pas avec votre famille. Mais nous, nous allons avoir une activité d’intégration et les gens s’organiseront par eux-mêmes. » Olivier Vincent remarque cependant qu’une telle situation, où les familles sont ainsi parfois laissées à elles-mêmes, ne favorise pas vraiment la création de liens chaleureux entre celles-ci :

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« On a des familles dont le conjoint est en réunion et qui sont laissées à elles-mêmes. Alors elles sont en vacances et vont découvrir par elles-mêmes la région. La plupart du temps, elles se retrouvent à l’extérieur de l’hôtel. On ne les voit pas nécessairement. » Et ce dernier a rarement vu ces conjoints initier des relations : « On ne se cachera pas que si les gens ne se connaissent pas, c’est quand même assez rare que, d’emblée, ils vont se présenter et se dire ‟Je suis le conjoint de… ”. » Olivier Vincent, directeur des ventes à l’Auberge Godefroy

Même s’il n’est pas possible de briller sur tous les plans, la sociologue Diane Gabrielle Tremblay pense qu’une première expérience demeure toutefois le meilleur indicateur pour orienter les prochaines pratiques : « S’ils l’ont fait une fois, c’est une chose, mais s’ils l’ont fait et qu’ils ont constaté des résultats positifs et qu’ils l’ont répété, c’est un signe que ça fonctionne. La question serait donc d’étudier dans quelles conditions c’est favorable. »

Mots-clés : culture d’entreprise, bleisure, conciliation travail-famille, hôtellerie champêtre, planificateurs d’événement

Merci à :

Eric Jean, professeur agrégé en gestion des ressources humaines à L’Université du Québec à Chicoutimi www.uqac.ca/portfolio/ericjean/ 
Mircea Vultur, sociologue chercheur du Centre Urbanisation, Culture et société (INRS) spécialisés en jeunes, travail et insertion professionnelle www.inrs.ca/mircea-vultur 
Diane Gabrielle Tremblay, CRHA, sciologue spécialisée en gestion des ressources humaines, en économie et en sociologie du travail à la TÉLUQ  www.teluq.ca/siteweb/univ/dgtrembl.html
Olivier Vincent, directeur des ventes à L’Auberge Godefroy www.aubergegodefroy.com/

Pour savoir pourquoi la proposition d’amener les familles lors des activités de consolidation d’équipe revient dans l’air du temps, voir Le virage famille, une réalité à célébrer?
Pour savoir si une activité de consolidation d’équipe avec famille est faite pour soi, voir L’engagement familial : un choix qui mérite réflexion 
Enfin, pour ne rien oublier des éléments essentiels d’encadrement et de liberté à prendre en considération, pour la réussite de son activité de consolidation avec famille, voir Encadrer ou se fier à « docteur maman? » 

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