Pour s’apprivoiser, par-delà les mots

Photo par Seth Macey sur Unsplash

Par Marie-Hélène Proulx, fondatrice du Portail Immersion

Les animaux de compagnie s’intègrent à l’intimité de bien des foyers québécois et deviennent souvent les compagnons ultimes des solitaires : rien de moins qu’un million de chiens et que deux millions de chats, et ce nombre est en croissance. Mais peut-on réellement faire de plus grands pas dans l’évolution de nos rapports, même professionnels, entre humains grâce à la compagnie d’êtres nantis de quatre pattes ou de deux ailes? La question demeure ouverte et de plus en plus d’initiatives prometteuses se développent en ce sens.

Certaines d’entre elles roulent même leur bosse depuis quelques décennies déjà, avec un engouement qui ne dérougit pas, comme la Ferme du Joual Vair, au Centre du Québec. Bernard Giles, le propriétaire et Cowboy en chef des lieux explique l’engouement pour ses activités d’encadrement de troupeaux en équipe par le fait que, contrairement à une activité d’arbre-en-arbre ou de rallye, le contact avec l’animal oblige à demeurer à l’affût de la présence de l’autre et sur un mode de communication en continu :

« Si on est capable de trouver le moyen de communiquer ou d’établir un lien de confiance avec un animal, à ce moment, s’il y a du travail à faire avec d’autres personnes, c’est encore plus facile parce qu’on a déjà l’élan de donner pour ouvrir les portes. Autant on exige de l’animal de se laisser aller à nous, autant il faut nous aussi nous ouvrir pour prendre les données qui nous sont présentées par l’animal. Si telle situation l’inquiète, il faut composer avec cela. Si telle autre situation le rassure, il faut profiter de cela. » Bernard Giles, de la ferme du Joual Vair

Et si un gestionnaire ou un membre d’équipe ne se trouve alors pas confronté directement au risque de la réaction d’un collègue, dans ses tentatives de communiquer, Carole Turcotte, copropriétaire de Kinadapt croit néanmoins que chacun doit en venir à aborder les situations de façon collaborative, s’il veut tirer profit et plaisir du moment qui passe : : « Si tu pars en traineau, il faut que les chiens aient envie de travailler pour toi. C’est pareil pour une équipe de travail : quand tu as un leader qui est mobilisateur et qui sait motiver ses troupes, les travailleurs ont envie de travailler et ils ont envie de s’investir dans ce projet. »

Photo de Joanne O’Keefe sur Unsplash

Selon Sandra Friedrich, coach, formatrice en communication non violente, dans la rencontre avec l’animal, non seulement l’humain doit apprendre à se mettre à l’écoute, mais il se retrouve avec, en face de lui, un être qui a une belle longueur d’avance à propos de l’écoute du langage non verbal : « C’est un fait que le cheval ou le chien, ou le loup, pour survivre, est obligé de décrypter ce qu’il voit de mon non verbal, parce que, sinon, il se fait bouffer ou il se fait courir après. Avec un cheval, et cela pourrait s’appliquer à différentes autres espèces, si tu es encore dans le stress du dossier que tu n’as pas rendu, que tu es encore dans l’état d’esprit de dire à ton patron “Oui, tout va bien”, alors que tu es en train de te décomposer à l’intérieur, ce n’est pas compliqué, le cheval va aller à l’autre paddock. »

Madame Friedrich a pu aussi constater à quel point les animaux peuvent constituer des alliés de choix pour revenir au moment présent et échapper à la contrainte des différents impératifs ponctuels, qui peuvent avoir tendance à pourchasser notre esprit, même durant les heures de repos : « C’est ce qui fait que c’est important et que ça fonctionne autant. C’est justement parce que l’on est plus dans du faire. On fait des courriels, on fait des dossiers, on fait des rapports annuels; là, on est dans de l’être. Cela prend du temps à être. C’est pour cela que quand je regarde mon minou qui regarde par la fenêtre, je suis dans une forme d’être. Je le regarde aller, et inconsciemment, il y a peut-être des choses qui se placent, juste parce que je regarde mon chat jouer son rôle de chat. Mais qui s’arrête dans notre société? On bourre nos agendas, mais qu’est-ce qu’on fuit? C’est on ne peut plus vrai dans le monde de l’entreprise. »

De manière plus générale aussi, le fait de se retrouver en nature pour apprendre ensemble plutôt que de le faire de façon théorique, peut aussi, à lui seul, faire toute une différence, selon Carole Turcotte, également détentrice d’une maîtrise en kinanthropologie. La présence de cette simple nature rappelle à chacun qu’il est aussi un être corporel, pouvant apprendre par l’action : « Plutôt qu’être sur ses gardes, la personne va avoir tendance à s’ouvrir. Elle n’a pas le choix parce que, de toute façon, elle va vivre un moment de plaisir à un moment ou un autre. Peut-être pas toute la journée, mais il y a quelque chose que la personne va apprécier, que ce soit le café, le muffin, ou un chien qui est plus près. »

Le psychologue et formateur en zoothérapie Georges-Henri Arenstein observe toutefois que, même lorsqu’il est impossible de déplacer un groupe en entier, le simple passage d’un animal, durant un moment, avec sa spontanéité, apporte un quasi inévitable attendrissement et établit une différence bienfaitrice, qui amène les langues à se délier : « D’abord, sur le plan émotif, ça met les gens à l’aise. Mais après ça, l’intervenant qualifié peut travailler avec le chien pour lui faire faire des choses en utilisant les réactions du groupe pour faire parler d’autres membres du groupe. Par exemple, durant les premières minutes de brise-glace, comme on dit, on demande aux gens qui a envie de brosser le chien, de le promener en laisse, de lui donner une friandise. Cela peut aller aussi loin que ça. Mais ça dépend de la vocation de l’équipe. Une réunion d’équipe, c’est fait pour prendre des décisions ou pour parler de choses extrêmement sérieuses qui ne concernent absolument pas le chien. » rajoute celui qui a éprouvé pendant longtemps ce principe dans l’univers aseptisé des CHSLD et auprès des toxicomanes.

En effet, il semblerait que l’on s’affiche parfois avec moins d’inhibition avec un être qui ne partage pas nos codes sociaux. Et lorsque l’expérience est poussée plus loin et que des membres du groupe, les gestionnaires du groupe surtout, ont été surpris à manifester une tendresse que l’on ne leur connaissait pas, les rapports peuvent en ressortir transformés:

« En revenant au bureau, en face de toi, tu ne vois plus ton gestionnaire comme bourreau mais comme un être humain qui souffre. Donc, quand tu vas revenir le lendemain, tu vas te demander comment l’aborder, au café, maintenant qu’il est revenu en veston et cravate. C’est pour cela que ça prend aussi des suivis. Les gestionnaires au Québec ont tellement besoin de soutien. Et ce que cela permet aussi, plus spécifiquement en travaillant avec les chevaux, c’est qu’ils viennent travailler ta peur.» Sandra Friedrich, coach et formatrice

Un exemple de partenariat animaux et travailleurs réussie https://www.youtube.com/watch?v=kjJKALkbglI

Pour en savoir plus sur le rôle que l’animal peut jouer dans le rapprochement des humains, lisez la partie 2: Une bonne équipe, pour rapprocher les humains
Pour savoir comment évolue et d’organise le milieu de la consolidation d’équipe avec les animaux, et trouver quelques repères et sources documentaires, consultez la partie 3: Un domaine en friche
Plusieurs autres publications sur la consolidation d’équipe vous attendent sur le Portail Immersion

 

 

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