Encadrer ou se fier à «docteur maman?»

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La planification d’une activité de consolidation ou de Team Building plus ludique suppose donc quelques remises en question et des défis tant pour la définition des objectifs que pour le déroulement concret des événements pouvant mener à leur atteinte. Bien sûr, des professionnels du tourisme, ou à l’intérieur des hôtels, peuvent contribuer au déroulement optimal des activités. Mais pour ce qui est de l’évaluation de la possibilité de l’atteinte des objectifs, tout en réduisant les risques de dérapage, les gestionnaires peuvent aussi se fier à d’autres repères… et à d’autres professionnels.

Les experts associent plus spontanément les activités de consolidation d’équipe en compagnie des familles à des objectifs de récompense et de reconnaissance. Le sociologue Mircea Vultur croit alors que la présence des familles peut toucher des cordes beaucoup plus sensibles que le simple plaisir associé aux avantages marginaux d’un voyage d’affaires :

« Mais un des principaux facteurs de la reconnaissance est fourni par la reconnaissance familiale. Si ta femme sent que tu es quelqu’un de bien, que tu fais des choses extraordinaires au travail, c’est un amour qui offre un support extraordinaire à la reconnaissance. Les recherches pour les entreprises sur cet aspect psychologique des employés révèlent qu’en faisant en sorte d’amener toute la famille sur le lieu de travail, en faisant de la socialisation avec elle, les employeurs renforcent l’estime de soi de l’employé qui va se donner plus à l’entreprise. » Micea Vultur, sociologue chercheur

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Diane Gabrielle Tremblay, pour sa part, est loin d’être aussi optimiste quant au pouvoir que pourrait avoir une activité, de se maintenir toujours du côté des jugements valorisants. De plus, outre les personnes n’ayant pas un modèle de famille traditionnel, cette dernière croit que plusieurs personnes seraient loin d’être enchantées de sentir le poids du regard de leur patron et de leurs collègues sur leur choix de méthode éducative ou de partenaire amoureux : « De ramener la famille, cela va inévitablement amener un regard sur cette famille. Est-ce que les enfants font ceci? Est-ce qu’ils sont performants? Est-ce qu’ils ont l’air de faire tous les cours qu’ils devraient faire ? Les petites activités parascolaires ? Est-ce qu’ils se comportent bien ? Je pense que c’est quelque chose qui peut être un peu risqué aussi. »

Et, qu’il le veuille ou non, tout comme dans les fameuses festivités de Noël où les partons sont tenus responsables du débordement des personnes un peu trop avinées, il est attendu de lui qu’il encadre les enfants trop actifs : « C’est un défi parce que les parents se sentent un peu en vacances, alors ils s’occupent un peu moins des enfants. Mais la gestion du groupe, de pair avec le responsable, s’organise quand même très bien. » rapporte Olivier Vincent. En effet, une nouvelle place faite à la famille suppose une redéfinition de la place faite aux enfants. Or, la satisfaction de ces derniers ne repose pas forcément sur les mêmes critères que ceux du gestionnaire et exige un esprit de conciliation, tant pour lui que pour l’hôtelier et, parfois, pour les autres clients de l’hôtel.

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Olivier Vincent a dû faire des choix, afin d’assurer le confort de tous, au Godefroy. Il regroupe souvent les équipes avec familles dans une seule aile, évitant ainsi que les va-et-vient entre les chambres ne troublent les couples en amoureux. Les repas adaptés contribuent à la satisfaction des jeunes, mais, hors des périodes où ils sont animés, les piscines demeurent leur lieu de prédilection. Les conjoints aiment aussi passer du bon temps dans l’espace aqua-détente, parfois avec leur marmaille. Il s’agit dont d’un attrait non-négligeable. Toutefois, le choix d’ouvrir le spa aux familles est loin d’avoir été adopté par tous les établissements et suppose, pour l’équipe du Godefroy, une certaine gestion de risques : « Je ne cacherai pas que certains de nos clients réservent leur séjour en amoureux ou pour la détente et, lorsqu’ils se rendent compte qu’il y a des enfants à la piscine, on en entend parler. De notre côté, avec le sauveteur, il y a un contrôle qui est fait. Par contre, comme on accepte les enfants et les familles, on demande seulement à tout le monde d’avoir un peu de respect et de gros bon sens. »

À plus forte raison, tous les experts s’entendent sur le fait qu’une telle activité doit être encadrée par un professionnel qui peut s’assurer que, d’une part, le degré d’encadrement correspond aux attentes des employés et de leurs conjoints (qui seront forcément plus élevées si l’activité est présentée comme une occasion de se connaître entre familles), mais, surtout, ajoute le professeur de ressources humaines Éric Jean, pour éviter toute forme de confrontations ou révélations indésirables devant les proches et assurer des retombées positives : « Et cela soulève une autre question : qui va animer ces rencontres? Quel type d’activité on va faire? Et de quelle façon on récupère ce qui a été fait? Est-ce qu’on ne fait que mettre des activités en place et puis, c’est terminé, on s’en va? Ou derrière cela, il y a une volonté de faire des choses, mais aussi de récupérer ce qui s’est passé pour en discuter et clore l’activité. »

Mais il faut d’abord s’assurer que l’on se révèle pour le meilleur et non pour le pire de l’équipe de travail. Et Mircea Vultur souligne la responsabilité de l’employeur dans le choix des activités, qui doivent alors demeurer centrées sur l’émulation et la valorisation des bons coups : « Je pense que l’important, c’est de ne surtout pas mettre les employés dans une situation où les faiblesses des employés seraient soulignées, où la famille puisse le sentir. Il faut surtout éviter d’humilier, mais au contraire, chercher à valoriser. C’est la première chose, parce que le contexte de la socialisation sur les lieux du travail, c’est un contexte de reconnaissance. On doit mobiliser les gens. »

Lorsque les partenaires se mêlent aux activités, Diane Gabrielle Tremblay suggère aussi de demeurer sur une note plus ludique, et, si possible, d’en choisir qui laissent la liberté au hasard de camoufler les différences entre les nouveaux venus :  « Il faudrait éviter de les mettre dans des situations où ils puissent se ridiculiser, ou de faire des jeux, par exemple, sur les mots, qui mettent en évidence la moins grande connaissance de la langue, la moins bonne performance ou la moins grande culture de la conjointe ou des enfants. Donc, probablement que dans la plupart des cas, on s’en tiendra à des activités très ludiques où le hasard aura un grand rôle à jouer. »

Mais l’objectif n’a pas, selon Mircea Vultur, à présenter pour autant une image lisse et sans faille de l’entreprise : celle-ci affronte des défis quotidiens qui animent ses membres et les amènent à se dépasser, avec leur personnalité, que les conjoints et les enfants connaîtront maintenant un peu plus : « Cela fait en sorte que les autres membres de la famille prennent conscience des problématiques de l’entreprise, peut-être. Et je dis qu’ils parlent aussi, à la maison, de leur travail. C’est une forme de mobilisation des autres membres de la famille. »

Indirectement, les entreprises se retrouvent donc à bénéficier de l’expertise des conjoints qui, eux aussi, ont développé des savoirs et des expériences professionnelles. Après tout, avec ou sans activités familiales, il est facile de deviner qui, au quotidien, aura à réponde à la question « Chéri(e), devine ce que mon patron m’a dit aujourd’hui? » ou pire « Il ne m’a rien dit du tout, qu’est-ce que ça signifie, d’après toi? »

Mots-clés : gestion, crise, risque, conciliation travail-famille, reconnaissance, discrimination

Merci à :

Eric Jean, professeur agrégé en gestion des ressources humaines à L’Université du Québec à Chicoutimi www.uqac.ca/portfolio/ericjean/ 
Olivier Vincent, directeur des ventes à L’Auberge Godefroy www.aubergegodefroy.com/ 
Mircea Vultur, sociologue chercheur du Centre Urbanisation, Culture et société (INRS) spécialisés en jeunes, travail et insertion professionnelle www.inrs.ca/mircea-vultur 
Diane Gabrielle Tremblay, CRHA, sciologue spécialisée en gestion des ressources humaines, en économie et en sociologie du travail à la TÉLUQ  www.teluq.ca/siteweb/univ/dgtrembl.html

Pour savoir pourquoi la proposition d’amener les familles lors des activités de consolidation d’équipe revient dans l’air du temps, voir Le virage famille, une réalité à célébrer?
Pour savoir si une activité de consolidation d’équipe avec famille est faite pour soi, voir L’engagement familial : un choix qui mérite réflexion 
Pour comprendre comment adapter les activités de consolidation d’équipes familiales au profil de son entreprise, voir Se créer une conciliation sur mesure 

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