Des coureurs des bois à la chasse aux festivals

crédit photo: Émilie Nadeau, pour les Fêtes de la Nouvelle-France, à Québec

 

Par Marie-Hélène Proulx, fondatrice

Quel enfant pourrait résister à l’offre de se déguiser pour partir à l’aventure, en famille, vers une époque qu’il ne connaît pas encore? Au moment de se lancer dans des projets un peu fous de voyage à travers le temps, on peut toujours se donner bonne conscience, surtout si nos enfants nous regardent, en décidant de se parachuter, à quelques siècles de chez nous, sur des terres qui nous promettent de ne pas nous laisser repartir sans quelques notions d’histoire. Et pourquoi le célébrer cette rencontre des affinités sur un air de fête, dans un des nombreux festivals historique de la belle province?

Savourer le passé

Malheureusement, on vient tout juste de passer à côté des Seigneuriales de Vaudreuil-Dorion qui, depuis 27 ans déjà, reprennent la tradition millénaire de rendre hommage au seigneur et de festoyer après un long hiver. Mais ce n’est que partie remise et, d’ici là, il reste bien d’autres plaisirs à déguster, et, à quelques jours de là, du 14 au 16 juin, le festival Fromage, bouffe et tradition, de Victoriaville, ne paie rien pour attendre. Comme son nom le laisse présager, l’aventure entraîne alors ses arrivants vers la fin du 19e siècle. Naturellement, les fromages fins, les bières et autres victuailles au cœur de l’événement n’ont pas été vieillis aussi longuement, mais les acteurs des saynètes d’autrefois, prévues à 42 reprises durant ces quelques jours, se veulent les gardiens fidèles, quoique parfois un peu loufoques, de ces ambiances d’autrefois.

Mais outre ces événements aussi bien montés et réglés qu’une horloge grand-père. Il faut savoir que, depuis quelques années déjà, une bande de drôles de bizarres, les Steampunks, s’y organisent un pique-nique, le 16 juin. Le mariage se fait assez naturellement entre ce festival qui veut s’inspirer de l’époque victorienne et le mouvement Steampunk, qui se veut en croisement entre la mode victorienne et quelques éléments évoquant les tout débuts de la science-fiction, dont Jules Verne fut un des premiers initiateurs. Donc, en se joignant à leur clan, on se plonge directement dans le futurisme ancien. Et comme les Steampunk ne semblent pas enclins à s’arrêter à un anachronisme près, on peut s’attendre à le retrouver de nouveau, panier de pique-nique techno-victorien à la main, le samedi 14 septembre, au Parc du Vieux-Moulin de Pointe-aux-Trembles.

À l’ombre des moulins

La mouvance Steampunk peut sembler encore un peu inusitée, mais cela fera tout de même 11 ans qu’ils se donnent rendez-vous à l’ombre du moulin. Mais cette année offre matière à demeurer gravée dans les mémoires, puisque ce fameux moulin de Pointe-aux-Tremble célèbre son 300e anniversaire cette année et qu’un magicien se joindra même au groupe pour l’occasion.

Et les artisans du moulin n’attendront assurément pas l’automne pour ouvrir les festivités. Déjà, le 20 juillet à 15h, les récits issus de sa triste figure viendront mettre un brin d’humour dans les rues entourant la Maison Pierre-Chartrand, le célèbre chevalier connu sous le nom de Don Quichotte, retrouvé par l’intermédiaire de la compagnie théâtrale Mobile Home, sera appelé en renfort par les gens de Rivière-des-Prairies pour vanter leur Moulin.

Danseur à la Maison amérindienne

Puis, de fil en aiguille, on laisse entendre que l’on pourra y revivre comme à l’époque de la Nouvelle-France, les 10 et 11 août, avec les comédiens et conteurs de la Troupe Oyez-Oyez, le 9 juin. La troupe Nouvelle-France se joindra ensuite à Oyez-Oyez, le 31 août; elle trainera tout son attirail de chaudrons, d’enclumes et de peaux de castor pour mieux reproduire les gestes et les expressions des mille-et-un métiers d’un autre temps, autant chez les « nouveaux français» que chez les autochtones. On y fabriquera aussi du pain et y dansera en famille comme nos aïeux.

Mais la troupe de la Nouvelle-France aura déjà eu le temps d’affuter ses outils et d’astiquer ses casseroles au préalable, devant d’autres curieux, lorsqu’elle aura établi son campement à la Maison amérindienne, de Mont-Saint-Hilaire, où un Grand rassemblement des coureurs des bois est attendu, les 22 et 23 juin. Des personnages typiques de la Nouvelle-France : le trappeur, le soldat, la fille du Roy et, naturellement, l’Amérindien et le coureur des bois, y ont déjà annoncé leur présence, et comptent bien participer au circuit en forêt et à la visite de points culturels de la ville, prévu pour égailler cette journée

Plus tardivement dans la saison, du 13 au 15 septembre, en fait, la ville à l’allure plutôt moderne de Repentigny aura trouvé le moyen de se donner des airs de Petit Village, avec l’aide de la troupe de la Nouvelle-France, mais aussi des souvenirs qu’ont préservés les grandes familles de la région. Et c’est au bord de l’eau, un espace depuis toujours propice à l’installation des premiers colonisateurs, qu’ils redonneront vie aux potiers, tonneliers, tourneurs de bois et bien d’autres artisans d’un autre temps. Dès 4 ans, les enfants pourront aussi y entrer en classe, et inviter leurs parents à y revenir, pour assister à des leçons de style des années 1900.

Mais revenons-en à nos moulins, car, aussi étonnant que cela puisse paraitre, à Trois-Rivières, le Moulin seigneurial de Pointe-du-Lac lui-même entrera dans l’action, ou plutôt, n’a jamais cessé d’être actif, quoique sa prime jeunesse, au 18e siècle, soit passée depuis belle lurette. Des ateliers de fabrication de pain, sur réservation, permettent même aux petites mains de reproduire les gestes des aïeux. Mais ses grands rouages ne reculant devant rien ont même attiré les frères enseignants de la région, qui y ont annexé une scierie et des ateliers d’ébénisterie pour leurs pensionnaires, que l’on peut encore visiter, ainsi que le logis du meunier et sa dizaine de kilomètres de sentiers en forêt.

Crédit photo Oyez Oyez

Mais pour ne pas couper trop court après avoir franchi ces Trois-Rivières et quelques kilomètres boisés, pourquoi ne pas poursuivre la visite au Musée Boréalis, www.borealis3r.ca, où le métier de bucheron sera à l’honneur? Cette exposition temporaire, ainsi que l’exposition permanente, aideront à comprendre pourquoi les rivières, les forêts et la pâte de papier sont des moteurs économiques de la ville depuis si longtemps. Ces aventures trifluviennes ne requièrent pas de se costumer, mais l’expérience immersive passe par d’autres moyens, au musée Boréalis où, en empruntant son Passage 5S, tout le monde peut partager, durant une dizaine de minutes, les sensations reliées à l’humidité, aux odeurs et aux tâches qui ont meublé la vie des ouvriers de la pâte de papier, des siècles derniers jusqu’à aujourd’hui.

Il est possible aussi d’entendre parler des forêt, même en demeurant à proximité du bitume de l’Île de Montréal, puisqu’Oyez-Oyez a mis sur pied une activité jeunesse sur la thématique des coureurs de bois, qui deviendra prétexte à ratisser de long en large la grande région de Montréal et ses environs, en passant de Pointe-aux-Trembles au Parc Sainte-Marie le Monnoir, de Marieville, le 24 juin, au Parc André Corbeil-dit-Tranchemontagne, de Rivière-des-Prairies, le 20 juillet. Ils rejoindront leurs joyeux compères de la troupe Nouvelle-France à la Maison Nivard de Saint-Dizier, de Verdun, le 17 août.

Mais les fabuleux conteurs d’Oyez-Oyez seront loin de s’en tenir à la vie sauvage : ils s’offriront même un vaste périple des Fêtes de la Nouvelle-France, qui mobilisera la Ville de Québec, du premier au 4 août, pour accueillir petits et grands. On y attend même…les immenses, puisqu’une des animations historiques les plus attendues est la parade des personnages géants, bâtis de toutes pièces, à travers la ville. Plusieurs ateliers, dont certains consacrés à la confection de poupées, aident les personnes de tous âges à se mettre dans la peau des artistes et artisans d’avant. On peut même s’y livrer à des essayages de costume, quoique le port du costume n’y soit pas obligatoire et que l’on puisse arriver déjà bien accoutrés, selon le statut social auquel on aspire, grâce aux conseils proposés par le site. Oyez-Oyez reviendra ensuite jusqu’au marché public que montera Pointe-à-Caillère, les 24 et 25 août, sur la place en face de son grand monument. Dans ce marché, on vend, mais on veille au respect des lois, sous le regard des Mousquetaires de la Garde du Lys. Seuls les 10 ans et plus, toutefois, pourront aspirer à s’y faire transmettre quelques secrets sur le maniement de l’épée.

Sur un air d’antan

Crédit photo de France Trottier pour Les Seigneuriales

La voix d’un conteur peut alors s’avérer bien utile, lorsqu’il s’agit de traverser le temps, mais celle de la musique ne peut pas nuire non plus, surtout si on y ajoute quelques pas de danse; et c’est justement ce que propose la 15e édition du Festival Chants de Vielles, à Saint-Antoine-sur-Richelieu, à grands coups de contes et de musique folk. Des ateliers y ont tout de même été spécifiquement pensés pour que les enfants puissent s’initier à la musique et à la danse d’un autre temps, mais aussi pour qu’ils s’y préparent ensemble au grand défilé du dimanche. Les airs d’autrefois glisseront aussi à travers les violons du Festival Mémoire et racines, à Joliette, qui célébrera du 24 au 28 juillet, sa 25e édition. Chacun y découvrira des sonorités qui ont fait giguer ses ancêtres et la façon d’exécuter un set carré sans trop se piler sur les pieds. Mais, dans le cadre de ces deux événements, les décors et le camping où ils pourront veiller les ramèneront incontournablement au rythme du 21e siècle.

D’autres sonorités se laisseront entendre au sein de la métropole, du 6 au 14 août, et le Festival Présence autochtone nous apprendra que le théâtre de rue, les marionnettes et les défilés forains ne sont plus des arts réservés à la Vieille Europe. Sauf qu’ici, ce sont des musiques traditionnelles et des légendes autochtones qui viendront résonner dans les mémoires, entre les immeubles entourant la Place des Festivals. Ici, ainsi qu’au Marché public du Musée Pointe-à-Callière, mois de l’archéo oblige, d’autres activités à thématique amérindienne ainsi que des simulations de fouilles font partie du programme.

Voilà donc une multitude de moments où le iPod, le rouet et les chants anciens pourront apprendre à se mêler sur un air festif et, espérons-le, de la manière la plus harmonieuse possible. Mais pour plonger dans une expérience totalement costumée, où les personnages tiendront le rôle, de la pointe du jour à la tombée de la nuit, il faudra plutôt penser à orienter son voyage vers des espaces comme le Village québécois d’antan, de Drummondville ou, vers les événements grandeur nature comme le Duché de Bicolline, si l’on recherche un aspect plus fantastique. Mais cela, c’est déjà une autre histoire, sur laquelle nous reviendrons, dans quelques jours, dans nos prochains chapitres.

Pour découvrir comment certains monuments historiques ont su être mis en valeur de façon immersive et rendus accessibles aux enfants, consultez : Là où les souvenirs sont légion

Pour savoir quels grandeur nature sont les mieux adaptés aux familles et quels camps permettent de vivre des expériences immersives, découvrez : Parce que l’histoire, parfois, c’est fantastique

Enfin pour les aventures de pirate, chasses au trésor, aux fantômes et autres quêtes s’adressant aux familles, rendez-vous à : Un trésor d’intrigues

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